La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

J’en avais marre d’entendre une presse que je qualifierais de « légère »
dire que Brigitte Fontaine est folle, hi hi, vraiment folle, ha ha !

Brigitte Fontaine est folle

Brigitte Fontaine est-elle folle ?

Vaste question que la supposée folie de Brigitte Fontaine… Les médias s’en font des choux gras, les scribouillards chient leurs copies, et l’image publique de la chanteuse se retrouve caricaturée.

Bien sûr, il entre dans ce délire quelque chose qui est de l’ordre de l’amusement, a fortiori pour la télévision, qui n’est qu’une arène où il semble naturel de faire le clown. Comme le disait Fabrice Luchini, la télé n’attend que ça, autant lui donner du spectacle.

La chanteuse elle-même n’est pas étrangère à cet état de fait : son premier trente-trois tours (1968), dont nous voyons la pochette à gauche, était justement intitulé Brigitte Fontaine est… folle !.

La chanson Folie

Une chanson revient sur cette « folie », une chanson qu’elle a écrite en 2004, pour l’album Rue Saint-Louis en l’île.

Cette chanson est à la fois une réponse à destination de ceux qui l’accusent d’être folle, à certains journalistes sûrs d’eux, et un rappel de ce qu’est la vraie folie, que nous connaissons tous, même si nous ne l’avouons que rarement. Ce texte, c’est Folie, que vous pourrez écouter ci-dessous, et qui rappelle la poésie de Baudelaire.

A ce sujet, le webzine l’Internaute l’interrogeait justement. Extrait de l’interview :

Votre chanson Folie n’est certainement pas non plus une improvisation ?

Pas du tout. C’était un jour atroce comme il en arrive beaucoup : j’étais mal, très mal, j’en avais marre d’entendre une presse que je qualifierais de « légère » dire que Brigitte Fontaine est folle, hi hi, vraiment folle, ha ha ! Alors j’ai écrit cette chanson à cause d’eux, mais je garde des choses en réserve, des choses trop horribles pour être communiquées, des choses non pas sur moi, mais sur la folie elle-même, sur l’affreuse souffrance qu’est la folie. Passons !

Elle est revenue sur ce sujet pour Télérama :

Votre image de liberté vous avait emprisonnée dans une caricature ?

Exactement. Il y a quelques années, j’ai voulu mettre les choses au point. J’ai écrit une chanson pour dire quelle était vraiment ma folie. Le texte est violent. Je raconte un peu, pas trop, pour ne pas faire peur, justement. Mais j’ai craché le morceau : je souffre d’une maladie nerveuse et psychique assez grave, et personne ne peut me guérir. Donc j’ai besoin de beaucoup, beaucoup de réconfort. D’être entourée d’amis et d’amour. L’amitié est très importante pour moi.

Non, Brigitte Fontaine n’est pas folle, elle est sans concession, sincère et lucide. La lucidité sur les choses ne rend-elle pas fou ?

Ecoutez la chanson :

Le texte :

Folle de tristesse et de rage
Mangeant la merde et le cirage
Folle de terreur et d’horreur
Je vomis mon foie et mon cœur

Cloîtrée dans l’éternel taudis
Entre ces murs que je maudis
Je tourne comme une toupie
Sur quelques loques, je gis

Si je sors, c’est pour quelques pas
L’espace horrible fond sur moi
Comme un gigantesque vautour
Transparent et sanglant le jour

Plus noir que l’enfer dans la nuit
Eh bien oui, telle est ma folie

Brigitte est folle, hihihi
Que c’est drôle, que c’est joli
Dans les plumes de canari,
Les feux follets et les rubis

Brûlée vive sur le bûcher
L’esprit et le corps embrasés
Comme une femme a l’habitude
De l’est à l’ouest, du nord au sud

Noircie par toutes les tortures
Et rongée par la moisissure
Ensevelie dans les glaciers
Projetée dans un corps d’acier

Solitaire entre les planètes
Sans paroi, sans chair, sans arête
Etouffée de serpents flambants
Assourdie de cris de mourants

Je ne sais comment je survis
Eh bien oui, telle est ma folie

Brigitte est folle, hihihi
Que c’est drôle, que c’est joli
Dans les plumes de canari,
Les feux follets et les rubis

La haine et la misère au cœur
Au cul le feu et la douleur
J’avoue, oui, j’avoue que j’ai peur
Crevée de blessures, de fleurs

Carnivore et omnivore
Dans l’éther effrayant que dore
Le soleil de Satan puant
Calcinant la mer et le vent

J’avoue, oui, j’avoue que je crève
Jusqu’au tombeau glacé du rêve
J’abandonne alliés et amis
A leur sort plein de mélodies

Scribouillard qui chie ta copie
Comprends-le, c’est ça ma folie

Brigitte est folle, hihihi
Que c’est drôle, que c’est joli
Dans les plumes de canari,
Les feux follets et les rubis

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