La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

Pas d’idées, que des sensations, des impressions,
des plaisirs, des mots, ou des images.


Brigitte Fontaine et l’écriture

Si Brigitte Fontaine est d’abord connue pour être une chanteuse, c’est en fait l’écriture qui est sa première passion. Depuis ses débuts, où elle jouait ses textes au théâtre, jusqu’à aujourd’hui où elle continue chaque année de sortir un roman. Et bien sûr, ses chansons, qui sont toutes de sa main.

C’est l’occasion de parler de sa pratique de l’écriture, et de littérature forcément, car chez Brigitte, comme souvent, c’est la lecture qui l’a poussée à écrire.

Lecture et écriture intimement liées

A ce propos, voilà ce qu’elle confiait à Télérama :

L’écriture est une jubilation, et un effort que j’aime — alors que je suis très paresseuse. Quand j’écris, je suis passionnée. J’écris beaucoup mais vite et je reprends mes textes le lendemain. J’ai commencé pendant les cours, au lycée : je n’écoutais pas, j’écrivais de la main gauche ce qui me passait par la tête, ou des poèmes que j’aimais, de Baudelaire ou d’Apollinaire – même si, pour moi, le top du top reste Rimbaud. Entre 15 et 20 ans, j’ai aussi beaucoup lu. Ça a dû me soutenir et m’apprendre, dans la joie, à écrire.

Elle en rajoute une couche pour les Inrocks :

Ce sont probablement les gens que j’aimais et des auteurs comme Stendhal, Balzac, Maupassant, Victor Hugo, Rimbaud, Baudelaire ou Verlaine qui m’ont poussé vers l’écriture. Et également un auteur que j’ose conseiller hautement : Colette. C’est un maître. Son style est impeccable, plus que ça, même, puisqu’il est original : à la fois accidenté et savoureux. Très savoureux, y compris quand il devient un peu savant. Mais pour autant, on ne peut pas dire que quelqu’un m’ait vraiment donné envie d’écrire. En fait, j’étais persuadée que j’écrirais un jour, le moment venu.

Brigitte écrivain

Voilà comment elle qualifie son écriture :

Je ne dirais pas que j’écris de façon littéraire. C’est rigolo, baroque, mais c’est avant tout, à mon sens, classique. Bien sûr, je mélange ça à des choses crues, à du trash comme dans mon nouvel album, mais la forme classique est là pour maintenir la baraque. Sur Prohibition, il n’y a que deux morceaux écrits en vers libres…

Elle se confie ensuite sur sa méthode d’écriture, bien que méthode ne soit pas un terme approprié, sachant que tout se fait très spontanément :

L’autre jour, je me disais qu’à l’avenir on trouverait ces histoires de rimes vraiment ridicules. Ça l’est peut-être, mais moi j’aime ça — et c’est rigoureux. Je n’ai pas de moments pour écrire mais des périodes. Pour moi, une chanson, c’est une heure et demie. Le lendemain, je retouche, et voilà. C’est un mélange d’effort, de plaisir et de concentration. Quand je commence, je ne sais pas ce que je vais dire. Une phrase me plaît, puis vient le reste. Pas d’idées, que des sensations, des impressions, des plaisirs, des mots, ou des images. C’est comme ça, je suis plus du côté des poètes que des penseurs.

Ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait vrai : sous couvert d’images surprenantes, parfois apparemment absurdes, un peu à la Bashung, ses textes ne sont pas si légers, si irréfléchis qu’elle voudrait le faire croire. Au contraire, riches de réflexions pertinentes sur l’homme et la société, certaines chansons constituent des attaques justifiées contre tel comportement ou tel poncif. Après tout, Brigitte était un peu anarchiste…

Instinct et résistance

L’écriture chez elle n’est pas là juste pour faire joli, même si ces attaques se font toujours avec style. Elle ne renierait pas Flaubert qui disait : Plus une idée est belle, plus la phrase est sonore. Son album Prohibition prouve d’ailleurs une forme d’engagement politique, ou tout au moins de résistance idéologique et sociale.

Elle défend en même temps une vision très instinctive de sa façon de travailler :

Je travaille très vite. Pas d’idées. Jamais d’idées. Quand je vois une idée, je change de trottoir. Il y a quelque chose qui survient, une envie, un désir qui fait que le premier vers arrive et après je creuse et j’essaie de voir ce que j’ai voulu dire…

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