La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

Brigitte, c’est une tragédienne qui se balade dans des univers baroques.

Brigitte Fontaine et Alain Bashung

Brigitte Fontaine et Alain Bashung

Le plus atypique des chanteurs français, Alain Bashung, nous a quitté en mars 2009. Il reste ses chansons élégantes, sa voix hypnotique et ses textes surréalistes.

Au cours de sa longue carrière, il a eu l’occasion de se lier à de nombreux autres artistes. Lui qui paraissait venu d’une autre galaxie, où folie et poésie cohabitaient, quoi de plus naturel qu’il fut ami et travailla avec Brigitte Fontaine ?

Fontaine à propos de Bashung

La chanteuse fait d’ailleurs son portrait dans son livre Galerie d’art à Kékéland :

Avec son profil étroitement aquilin ourlé par on ne sait quel maître de cathédrale, ses yeux sourcilleux, sa dégaine de singe, il a l’air d’un vieux loup de banlieue, de Quasimodo, d’une Ford Mustang rapide et un peu déglinguée..

Elle dit encore que c’est un baltringue qui crie de plaisir entre les prises et fait attendre un taxi pendant quatre heures et demie pour un simple anniversaire alors qu’il habite au bout de la rue !

Duo et reprise

Cette amitié donne lieu en 1997 à une collaboration sur l’album Les palaces, pour la chanson City, que vous pouvez écouter à l’aide du lien disponible en bas de cette page. A propos de ce duo, que Les Inrocks trouveront très convaincant, Bashung dira plus tard :

Au début, je me sentais un peu maladroit face à elle, car elle donne tout de suite une grande force au texte. Avec elle, chaque virgule, chaque soupir sonne immédiatement juste. Ça doit tenir à ses origines de comédienne. Quand elle dit le mot « pédé » par exemple, elle le dit comme ça, comme il faut, sans arrière-pensée. Elle resitue dans sa voix les différences, le vécu d’une époque où la surface des mœurs essayait de changer un peu.

Plus tard, en 2005, Brigitte reprend lors d’un concert et en duo avec le chanteur, la chanson La nuit je mens, extraite de l’album d’Alain Bashung Fantaisie militaire. Ces collaborations et le fait qu’ils se soient beaucoup fréquentés ont permis à Bashung de mieux connaître la chanteuse.

Bashung à propos de Fontaine

Voilà le portrait qu’il fait d’elle :

Je pense qu’elle est une artiste vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Avec de grands moments de doute et de grands moments d’exaltation, comme les gens qui ont besoin d’être excités. Le banal ne doit pas vraiment l’intéresser à moins de s’en amuser. Même les artistes anglo-saxons n’ont plus aujourd’hui cette liberté, cette fraîcheur, cette spontanéité. Je pense qu’elle n’a pas d’autres solutions pour gérer son angoisse latente que de s’en remettre à sa créativité. D’un coup, elle n’y pense plus parce que la création s’est substituée à son angoisse.

Sur la musique, il ne lui trouve pas d’équivalent :

Je suis très heureux qu’elle soit unique. Elle représente pour moi un vaste éventail musical qui va de Fréhel à Björk. Elle englobe en même temps la chanson traditionnelle et la folie de l’expérimentation. C’est une tragédienne qui se balade dans des univers baroques.

Enfin, l’analyse qu’il fait du style et du processus d’écriture de la chanteuse se révèle très pertinente :

Je crois qu’elle est capable d’écrire très vite un texte qui se tient. Ça ne m’étonne pas. Elle a tellement d’histoires en elle, qu’à un moment ça doit sortir d’un coup, comme une éclaircie. Sans entrer forcément dans les grands sujets de la Poésie, elle arrive bien à mélanger la gravité aux petites choses qui ont l’air insignifiant mais auxquelles elle restitue leur importance réelle.

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