La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

Voilà, tu sais tout.

26 ans

Brigitte Fontaine à 26 ans

Voilà une confession intimiste et décalée, et assez différente de l’autoportrait Brigitte.

Nous sommes ici dans l’interprétation pure, au sens théâtral du terme, comme souvent chez la chanteuse. A moitié chantée, à moitié scandée, les phrases alternent remarques légères et précises (de ces détails qui définissent un être) et épisodes biographiques et dramatiques (et dramatisés), telle la montée des chars blindés de l’avenue d’Orléans.

Cette chanson est faite aussi de vers ambigus et faussement innocents (les vieux messieurs…) et de maximes à contre-courant (je ne crois pas à l’expérience). C’est une illumination, au sens rimbaldien du terme, qui dit la folie douce et l’angoisse profonde d’un être.

Une sorte de définition de l’âge titre : fin de l’adolescence et début de l’âge adulte.

C’est ce que dit le mélange hétéroclite de phrases toutes hors sujet, tels des mouvements contradictoires qui agitent une âme en train d’éclore. C’est aussi une définition très poétique de l’univers de la chanteuse, et, en cela, une chanson exemplaire.

Ecoutez la chanson :

Le texte :

J’ai vingt-six ans, mais seulement quatre d’utiles
Je ne comprend rien rien
J’ai peur des papillons
Mon père est mort à la guerre
Quand j’étais petite, j’avais un gilet en angora rose qui s’arrêtait avant les côtes flottantes
Les vieux messieurs m’aimaient beaucoup
Je ne crois pas à l’expérience
Je me méfie des endroits clos
Je ressens la paresse comme une maladie
J’aime les rivières jaunes

Il faut te dire que j’ai derrière l’oreille un coin de peau extraordinairement doux
Que j’aime les laitages et les bananes très mûres
Je souhaite toujours qu’un ouragan m’emporte
C’est pourquoi je me suis attachée sur ce fauteuil avec des sangles de vélo

J’aime toutes les histoires qui commencent par « Il était une fois »
Je hais le café au lait
Avant, les garçons me frottaient toujours les oreilles
Une fois j’ai vu les chars blindés sur l’avenue d’Orléans
J’aime les rengaines d’amour et les frites me font pleurer
Sur l’eau, les bateaux me suivent toujours
Ils me font peur, ils me font peur

J’ai vécu très longtemps ici ou là, chez des amis
Un jour, j’ai cassé une table en marbre
J’aime les hommes pas rasés
J’ai souvent mal aux dents
J’ai faim quand il ne faut pas

Voilà, tu sais tout.

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