La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

Je suis la voiture d’Orphée parlant le langage des fées…


Orphée

Après La Machine infernale et l’Odyssée, nous voici de nouveau plongés en pleine mythologie grecque ! D’ailleurs, Brigitte ne nous dit-elle pas dans l’album Kékéland d’aller nous faire voir chez les Grecs ? Allons-y donc !

Mais avant toute chose, rappelons la strophe de La Symphonie pastorale qui va nous occuper dans cet article :

Je suis le Lys dans la Vallée
Evanoui sous les baisers
Je suis la voiture d’
Orphée
Parlant le langage des fées

Cette fois, ce n’est pas un livre que Brigitte évoque comme elle le fait dans tout le reste de la chanson, mais une légende toute entière, et son héros, Orphée. On peut cependant repérer une référence, pas à un ouvrage littéraire, mais à un film. Mais n’anticipons pas…

Orphée, Prince des Poètes

C’est l’occasion de rappeler à ceux qui ont séché les cours précédents (bande de cancres !) qui était Orphée.

Surnommé le Prince des Poètes, Orphée était un aède. Un aède en Grèce désignait l’artiste qui chantait ses épopées en s’accompagnant d’un instrument de musique. Orphée était donc tout autant poète que chanteur ; finalement une sorte de Brigitte Fontaine antique (même si elle-même n’est pas toute jeune, mais passons).

Apollon lui fit don de plusieurs pouvoirs, comme celui d’émouvoir les animaux sauvages et les objets animés quand il jouait de sa lyre : bref, il était juste trop fort. On comprend pourquoi on le surnomma le Prince des Poètes.

Ce fut également un grand voyageur : il participa à l’expédition des Argonautes afin de récupérer la Toison d’or, et alla jusqu’en Egypte. Mais si Orphée est si célèbre, c’est surtout pour avoir récupérer tout autre chose, lors d’un voyage sans comparaison avec ceux qu’il avait pu effectuer auparavant.

Sa femme Eurydice fut mordue par un serpent, le jour même de leur mariage. Elle mourut et descendit au Royaume des Enfers. Aussi sec, Orphée descend à son tour aux Enfers, armé de sa lyre. Vous êtes déjà en train de vous gausser : se rendre en enfer avec une lyre, pourquoi faire ? Ne riez pas trop vite, car c’est grâce à sa lyre et sa musique qu’Orphée endort Cerbère, le gardien de l’empire souterrain, et amadoue Hadès, qui lui permet de rentrer au bercail avec sa bien-aimée

Mais à une seule condition : qu’Orphée ne se retourne pas vers sa compagne avant d’être de retour dans le monde des vivants. Vous devinez la suite : Orphée joue au con, se retourne pour contempler son amour, et le voit disparaître… Vous pensez bien qu’il ne fallait pas compter sur l’indulgence des Dieux pour réparer cette maladresse. Orphée demeura inconsolable…

L’Orphée de Cocteau

Jean Cocteau, écrivain et cinéaste, s’inspira (très) librement de ce mythe et en fit un film en 1950. Son scénario est un peu tarabiscoté, parfois abscons à force d’être symbolique, et je n’ai pas le courage de le résumer ici. Ce qu’on peut dire, c’est que lorsque Brigitte parle de la voiture d’Orphée, elle fait certainement référence à ce film.

Car dans l’Orphée joué par Jean Marais, il y a deux poètes : lui, Orphée, qui est dans le film un écrivain reconnu, et un autre, encore jeune, Jacques, qui meurt dans un accident. Après cette mort tragique, Orphée passe ses journées dans la voiture d’une princesse, qui est aussi la Mort (quand je vous avais dit que c’était tarabiscoté), à écouter la radio. Car cette radio est la seule capable de capter une fréquence inconnue, sur laquelle sont diffusés des vers… des vers qu’Orphée prend en note pour ensuite les publier sous son nom.

Mais la voix qui déclame ces vers, c’est celle du fantôme de Jacques mort au début de l’histoire (vous suivez ?)… Vous comprenez maintenant pourquoi Brigitte dit que la voiture d’Orphée parle le langage des fées !

Orphée, source d’inspiration

Orphée est depuis l’époque antique le symbole du poète, et c’est sous ce nom qu’on a parfois appelé Baudelaire ou Rimbaud… même si on a également comparé celui-ci à Icare ou Prométhée (le fameux voleur de feu des lettres du voyant).

Orphée quant à lui n’a pas inspiré que Cocteau. De l’opéra à la littérature en passant par la peinture, la légende a nourri nombre d’artistes. Citons comme échantillon des noms tels qu’Offenbach, Keziah Jones, Tennessee Williams, Anouilh, Victor Hugo, Apollinaire, Yourcenar, Buzzati… et Brigitte Fontaine.

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