La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

Je rêve d’une sieste jaune, dans le Gai Savoir de l’été,
Loin de l’autel pervers où trônent les Fleurs du Mal carbonisées…

Vanité par Damin Hirst

Les Fleurs du Mal

Les Fleurs du Mal, le plus grand recueil de poésies de Charles Baudelaire, et l’un des plus grands livres de la littérature française, l’un des plus forts et des plus marquants… Publié en 1857, il valut un procès à son auteur pour outrage aux bonnes mœurs et influença considérablement des poètes tels que Rimbaud ou Mallarmé…

Une œuvre majeure

Certains poèmes qui le constituent sont parmi les plus célèbres et les plus beaux de la langue française : qui n’a jamais lu ou appris L’albatros, L’invitation au voyage ou L’homme et la mer ? Qui n’a jamais entendu ces quelques vers :

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté
?

Dans la chanson de Brigitte, celle-ci utilise le recueil du poète comme symbole de la perversité, de la destruction, du sacrilège… mais préfère à cet instant se donner à la douceur et au bonheur…

Je rêve d’une sieste jaune
Dans le Gai Savoir de l’été
Loin de l’autel pervers où trônent
Les Fleurs du Mal carbonisées

Et, en effet, il suffit de lire un poème comme Une charogne pour s’apercevoir que la fascination pour l’horreur tient une place importante dans le recueil de Baudelaire.

Baudelaire : des thèmes, un style, une source continuelle d’inspiration

Le style du poète et la façon dont il aborde des thèmes récurrents, tels que la mort, la mélancolie, le luxe ou l’exotisme, ont une influence déterminante sur l’écriture de la chanteuse.

Un rapide comparatif suffit à démontrer cette influence. Prenons comme exemples des extraits de chansons de Brigitte, comme Hollywood :

Je cherche la porte dorée
Dans des palais désorientés.
Je porte la robe vermeille
Des divinités du soleil.

Des eunuques noirs et fardés
Présentent des plats parfumés :
Mais quand je vais pour les manger,
Il n’y a que des cailloux gelés.

Ivresse et frustration : des thèmes chers à Baudelaire. Un autre extrait, celui de la chanson Harem, dans l’album Prohibition :

Mandarines pelées,
Ce sont martyrs et fées
Lisant Sophocle et Pline,
Sade et Kateb Yacine.
Entre deux jouissances
Défendues aux esclaves,
Dans les joies de l’enfance
Les plaisirs de l’entrave.

Luxe (luxure ?), littérature, vice et plaisir du vice… comme des exhalaisons des Fleurs du mal… Relisez aussi le texte de la chanson Folie, disponible ici, aux accents baudelairiens évidents.

Il vous suffira de rouvrir Les Fleurs du Mal pour retrouver cette ambiance trouble. Un exemple parmi d’autres ? Le poème Rêve parisien, qui va nous permettre de terminer cet article, mais pas de clore ce sujet d’étude, qui pourrait donner lieu à une intéressante analyse de littérature comparée !

I

De ce terrible paysage,
Tel que jamais mortel n’en vit,
Ce matin encore l’image,
Vague et lointaine, me ravit.

Le sommeil est plein de miracles !
Par un caprice singulier,
J’avais banni de ces spectacles
Le végétal irrégulier,

Et, peintre fier de mon génie,
Je savourais dans mon tableau
L’enivrante monotonie
Du métal, du marbre et de l’eau.

Babel d’escaliers et d’arcades,
C’était un palais infini,
Plein de bassins et de cascades
Tombant dans l’or mat ou bruni ;

Et des cataractes pesantes,
Comme des rideaux de cristal,
Se suspendaient, éblouissantes,
A des murailles de métal.

Non d’arbres, mais de colonnades
Les étangs dormants s’entouraient,
Où de gigantesques naïades,
Comme des femmes, se miraient.

Des nappes d’eau s’épanchaient, bleues,
Entre des quais roses et verts,
Pendant des millions de lieues,
Vers les confins de l’univers ;

C’étaient des pierres inouïes
Et des flots magiques ; c’étaient
D’immenses glaces éblouies
Par tout ce qu’elles reflétaient !

Insouciants et taciturnes,
Des Ganges, dans le firmament,
Versaient le trésor de leurs urnes
Dans des gouffres de diamant.

Architecte de mes féeries,
Je faisais, à ma volonté,
Sous un tunnel de pierreries
Passer un océan dompté ;

Et tout, même la couleur noire,
Semblait fourbi, clair, irisé ;
Le liquide enchâssait sa gloire
Dans le rayon cristallisé.

Nul astre d’ailleurs, nuls vestiges
De soleil, même au bas du ciel,
Pour illuminer ces prodiges,
Qui brillaient d’un feu personnel !

Et sur ces mouvantes merveilles
Planait (terrible nouveauté !
Tout pour l’oeil, rien pour les oreilles !)
Un silence d’éternité.

II

En rouvrant mes yeux pleins de flamme
J’ai vu l’horreur de mon taudis,
Et senti, rentrant dans mon âme,
La pointe des soucis maudits ;

La pendule aux accents funèbres
Sonnait brutalement midi,
Et le ciel versait des ténèbres
Sur le triste monde engourdi.

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