La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

Où se cacher dans ce pays que règlent le Rouge et le Noir ?

Un détail du Grand concert, par Nicolas de Staël

Le Rouge et le Noir

Encore un grand classique du XIXe siècle, comme Brigitte Fontaine les aime !

Le Rouge et le Noir fait en effet partie, avec Les Misérables ou Le Lys dans la Vallée, du petit nombre des hits de la littérature française. Qui n’a jamais entendu parler de l’agaçant Julien Sorel, et du style lapidaire de Stendhal ?

Pourquoi du rouge et du noir ?

Mais quelles sont donc ces règles dont parle Brigitte Fontaine dans sa chanson ?

Dans le roman, le rouge et le noir désignent les deux carrières bien différentes qui attirent Julien. Le rouge pour l’armée, car les uniformes des militaires de l’époque sont de cette couleur. Le noir, c’est la soutane, l’habit ecclésiastique, le clergé.

On comprend que la chanteuse bretonne veuille se cacher de ce monde régi par la guerre et l’Église…

Une autre explication, plus simpliste, rapproche le rouge de la passion, et le noir de la mort, deux lignes essentielles dans l’existence de Julien Sorel.

Julien Sorel, tête à claques de la littérature française

Il faut lire Le Rouge et le Noir, pas seulement parce que c’est un roman très bien écrit, au style efficace, sans chichis, et donc très moderne.

Il convient aussi de découvrir à quel point Stendhal entre dans la psychologie des personnages, et avec quelle profondeur et quelle exactitude il nous fait comprendre les actions qui découlent de leurs pensées. Et le personnage à travers les yeux duquel nous voyons tout, c’est naturellement le héros, Julien Sorel.

Julien Sorel est le personnage typique de l’arriviste sûr de lui, du parvenu arrogant, persuadé d’être promis à un grand destin, et justifiant de cette façon ses actions les plus méprisables. Stendhal lui règle son compte à la fin de l’histoire, en usant d’une écriture sans cesse teintée d’ironie, et donc très drôle à lire. Un petit exemple :

Il n’avait pas un ami. Il avait eu plusieurs connaissances ; mais toutes, régulièrement, au bout de six semaines de relations, s’éloignaient de lui.

Quelques citations

Le livre contient une multitude de phrases à retenir. Nous vous en livrons quelques unes :

Le pire des malheurs en prison, c’est de ne pouvoir fermer sa porte.

La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée.

Et une petite merveille de cynisme :

C’est quand la grande action est accomplie qu’elle semble possible aux êtres du commun.

Quelques jugement critiques sur le livre

Pour conclure cet article, voyons ce qui a été dit du roman :

Prosper Mérimée écrit par exemple à Stendhal la raison pour laquelle il n’a pas aimé son livre, qui est exactement celle pour laquelle nous l’aimons, et qui fait de ce roman un grand roman :

Un de vos crimes c’est d’avoir exposé à nu et au grand jour certaines plaies du cœur humain trop salopes pour être vues… Il y a dans le caractère de Julien des traits atroces, dont tout le monde sent la vérité mais qui font horreur. Le but de l’art n’est pas de montrer ce côté de la nature humaine.

Il se trompe : c’est bien la mission de l’art de montrer cette facette. Que Mérimée peut être niais !

Zola, quant à lui, fait appel à une métaphore facile mais néanmoins fidèle à la réalité :

Notre plus grand romancier, Stendhal, étudiait les hommes comme des insectes étranges, qui vivent et meurent, poussés par des forces fatales.

Et, pour finir, André Gide écrit très justement à propos du style de Stendhal :

Le grand secret de Stendhal, sa grande malice, c’est d’écrire tout de suite… De là, ce quelque chose d’alerte et de primesautier, de disconvenu, de subit et de nu qui nous ravit toujours à neuf dans son style. On dirait que sa pensée ne prend pas la peine de se chausser pour courir.

Partager

Publier sur twitter

Pages liées sur le site

StendhalLes MisérablesLe Lys dans la valléeAndré Gide

Ailleurs sur Internet

© 2018 Anthony Zec | Tous droits réservés | A propos | Contact