La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

Je suis la Machine Infernale.

La couverture de la Machine infernale dessinée par Jean Cocteau

La Machine Infernale

Brigitte Fontaine est la Machine Infernale. Ça en impose, non ? Elle le dit elle-même, et le répète dans le refrain de la Symphonie pastorale. Mais qu’est-ce donc que cette machine infernale dont elle cause ?

Réécrire les mythes antiques

C’est le titre d’une fameuse pièce de théâtre de Jean Cocteau, grandement inspirée de l’Œdipe roi de Sophocle.

Elle fait partie de ce courant littéraire des années 30 et 40 en France qui consista à réécrire les mythes antiques. Anouilh s’y attela avec son Antigone, Giraudoux avec La guerre de Troie n’aura pas lieu et Electre, ou encore Sartre avec Les Mouches. Il s’agissait souvent de contourner la censure et de publier ce qui autrement aurait été interdit, protégé par des histoires antiques apparemment sans lien avec l’époque contemporaine. Ceci s’explique par le contexte de guerre et d’occupation que subissaient les artistes de l’époque.

Soit dit en passant, il y eut d’autres moyens de parler de l’occupant en évitant d’être illico emmené par la Gestapo, comme Camus le fit avec La Peste, métaphore du nazisme.

La modernité à travers le mythe

Pour Cocteau, l’objet de la réécriture du mythe d’Œdipe a des motifs exclusivement littéraires et conceptuels. Il s’agit avant tout de moderniser le mythe, et par là de délivrer le message suivant, dans un contexte de modernité à tout crin : l’antiquité ni le classicisme ne doivent être rejetés, ils font partie de notre culture et peuvent participer à la création de quelque chose de nouveau.

Ainsi Cocteau reprend-il le mythe avec dérision en lui mêlant d’autres inspirations : par exemple, Tirésias est surnommé Zizi (!), et le premier acte, s’inspirant de Hamlet, parodie Shakespeare.

On n’échappe pas à son destin

L’histoire, tout le monde la connaît : c’est celle d’Œdipe qui réalisera la prophétie, en épousant sa mère Jocaste et en assassinant Laïus, son père. Voilà ce qu’est la machine infernale : la mécanique implacable du destin qui écrase les hommes, malgré leurs efforts pour y échapper. Voilà selon Cocteau le sort peu enviable qui nous est réservé.

Brigitte ne dit pas autre chose quand elle écrit cette phrase : On ne peut pas enfermer tout le monde, c’est déjà fait. Bref, tout ceci est absolument réjouissant, n’est-ce pas ?

Quelques citations

Et puisque nous en sommes aux citations, en voici quelques unes extraites de la pièce de Cocteau, en guise de conclusion :

Pour que les dieux s’amusent beaucoup, il importe que leur victime tombe de haut.

Le temps des hommes est de l’éternité pliée.

Apprenez que tout ce qui se classe empeste la mort. Il faut se déclasser, Tirésias, sortir du rang. C’est le signe des chefs-d’œuvre et des héros. Un déclassé, voilà ce qui étonne et ce qui règne.

Et, pour finir, la meilleure :

Beaucoup d’hommes naissent aveugles et ils ne s’en aperçoivent que le jour où une bonne vérité leur crève les yeux.

Cocteau, Œdipe, Orphée et Brigitte

Si Brigitte fait référence dans sa chanson à une œuvre écrite de Cocteau, elle y évoque également l’une de ses œuvres cinématographiques, qui, comme La Machine infernale, a trait à la mythologie grecque. Il s’agit du film Orphée, sorti en 1950 : vous avez de la chance, un article sur ce site y est tout spécialement consacré !

Enfin, si vous ne vous lassez pas de mythologie grecque, découvrez ce qui se dit à propos de l’Odyssée d’Homère… une autre source d’inspiration de Brigitte Fontaine !

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