La Symphonie pastorale

Une balade littéraire avec la chanteuse Brigitte Fontaine

Des assassins candides aux tee-shirts maculés,
aux braguettes splendides, font craquer les pédés


Brigitte Fontaine et Marcel Proust

Il est vrai que la citation choisie pour cet article, extraite de la chanson City, ferait plutôt penser à Jean Genet. Un peu trop interlope pour un écrivain comme Proust, plutôt habitué à la haute

Qu’importe, cela montre deux facettes de l’homosexualité dans la littérature française : on fait ainsi le grand écart (si je puis m’exprimer ainsi) entre les bouges et les salons !

Alain Bashung faisait précisément référence à cette citation, extraite de la chanson City, que vous trouverez sur l’album Les palaces. Il a en effet enregistré ce titre avec Brigitte. Voilà ce qu’il dit de ce passage en studio avec elle :

Au début, je me sentais un peu maladroit face à elle, car elle donne tout de suite une grande force au texte. Avec elle, chaque virgule, chaque soupir sonne immédiatement juste. Ça doit tenir à ses origines de comédienne.

Quand elle dit le mot « pédé » par exemple, elle le dit comme ça, comme il faut, sans arrière-pensée. Elle resitue dans sa voix les différences, le vécu d’une époque où la surface des mœurs essayait de changer un peu.

Parlons peu, parlons bien

Bon, on ne va pas passer des plombes là-dessus, car le père Marcel n’est pas seulement un écrivain qui aime la bite (voilà que je m’exprime comme Genet maintenant).

Il est aussi le spécialiste des phrases longues, très longues. Ces phrases à propos desquelles Paul Morand nous dit joliment, dans une formule qui cherche à faire concurrence à Proust (attention, retenez votre souffle, et remerciez-moi d’avoir coupé la citation) :

Cette phrase (…) étourdissante dans ses parenthèses qui la soutenaient en l’air comme des ballons, vertigineuse par sa longueur, (…) vous engaînait dans un réseau d’incidentes si emmêlées qu’on se serait laissé engourdir par sa musique, si l’on n’avait été sollicité soudain par quelque pensée d’une profondeur inouïe

Et on ne pourra pas dire le contraire. Car en effet, si l’auteur de La Recherche du temps perdu est passé maître dans l’art des sentences interminables, il est également le génie des répliques courtes et efficaces, qui montrent s’il en était besoin toute la finesse et l’intelligence de l’analyse que l’écrivain fait des comportements humains et des logiques sociales avec lesquelles nous sommes aux prises, nous, pauvres mortels qui sommes tour à tour le jouet de forces intérieures que nous ne parvenons pas à dompter et des mouvements fulgurants du monde extérieur qui toujours nous dépassent.

(À moi maintenant de vouloir faire concurrence à notre bon vieux Marcel. Je m’en sors pas trop mal, non ?)

Quelques citations

Et cette intelligence, cette puissance d’analyse, je vous la démontre derechef avec quelques citations, qui j’espère aideront à vous réconcilier avec ce très grand écrivain, sur lequel circulent beaucoup de clichés, qu’hélas cet article n’aura pas réussi à balayer (j’ai été tenté pendant un moment de continuer cette phrase pendant quelques lignes, mais j’ai eu peur que cette fois vous n’arriviez pas jusqu’au bout).

Car Proust a été un témoin indispensable de la société de son époque et de la fin de l’aristocratie. Il fut en quelque sorte le Balzac du début du XXe siècle. Si Céline et son Voyage au bout de la nuit a été le témoin des faubourgs, Proust a été celui des quartiers chics.

C’est parti pour les citations :

Tous les romans de Dostoïevski pourraient s’appeler Crime et châtiment (comme tous ceux de Flaubert, et Madame Bovary surtout, L’Éducation sentimentale).

On dédaigne volontiers un but qu’on n’a pas réussi à atteindre, ou qu’on a atteint définitivement.

On n’aime que ce qu’on ne possède pas tout entier.

Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination !

Les paradoxes d’aujourd’hui sont les préjugés de demain.

Pas mal, non ?

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